Habitat en Mouvement. Voyage à la rencontre de l’habitat populaire en Amérique du Sud, Pierre Arnold et Charlène Lemarié, 2015, 164 p

 

Charlène et Pierre sont deux jeunes urbanistes français. Entre juillet 2014 et mai 2015, ils se sont lancés dans un grand voyage à travers les quartiers populaires de dix pays d’Amérique du Sud. À partir de cette grande aventure, ils ont écrit et autoédité le livre « Habitat en Mouvement » qui mélange récit de voyage, magnifiques photographies, portraits d’habitants agissants et d’organisations communautaires. Des témoignages accessibles à tous qui permettent de comprendre les dynamiques de production des villes latino-américaines.

Ces villes se sont construites et consolidées essentiellement sur la base de l’autoproduction et de l’épargne populaire des habitants (environ 70 % des surfaces actuelles des villes latino-américaine selon Habitat International Coalition). Pour différentes raisons historiques et en particulier l’importance du travail informel, une grande partie de la population y est en effet exclue des systèmes bancaires, d’aide au logement, de sécurité sociale etc.

La question de l’habitat en Amérique latine est indissociable des luttes urbaines pour l’accès au foncier et au logement. Le concept de « Droit à la ville » développé par Henri Lefebvre en 1968 est réapproprié par les mouvements populaires comme une revendication et une légitimation des occupations de terres et d’immeubles pour construire et pour vivre dignement dans la ville. Les mobilisations et les résistances menées par les hommes, et surtout les femmes, participent de l’émancipation des secteurs populaires dans une lutte permanente contre la spéculation et la privatisation des espaces urbains.

Face à ce constat, les auteurs abordent différentes « alternatives proposées et mises en œuvre par des organisations d’habitant(e)s », basées sur la Production Sociale de l’Habitat (PSH), c’est à dire la participation à la planification et parfois à l’autoconstruction de l’habitat par des groupes organisés de personnes. Basée sur l’entraide, l’autogestion et la solidarité, la PSH a souvent lieu dans l’informalité, mais elle est parfois reprise dans des politiques publiques comme celle des Coopératives de logement par aide mutuelle, présente dans plusieurs pays. La subtilité et la différence avec l’habitat participatif en France réside dans le fait que les États, les collectivités et des professionnels soutiennent souvent ce type de projets qui produisent bien plus que du logement mais aussi, de l’inclusion, des communautés solidaires et de l’engagement politique des habitants.

Ces retours d’expériences documentés par Charlène et Pierre sont riches d’enseignements pour repenser notre place en tant qu’habitants ou professionnels dans la production de la ville.

Pour commander leur livre : http://www.bookelis.com/voyage/21660-habitat-en-mouvement.html

Pour lire l’ensemble de leurs articles : http://habitatenmouvement.tumblr.com/

Image : Pierre Arnold et Charlène Lemarié