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Jane JACOBS, Déclin et survie des grandes villes américaines, traduction et préface Claire Parin, Postface Thierry Paquot, Marseille, France, Éd. Parenthèses, 2012, 411 p.

 

Un classique, pour qui se lance aujourd’hui en urbanisme. Jane Jacobs, drôle de dame à la prose franche et ciselée, dénonçait dès 1961 dans cet ouvrage — dont la traduction française a mis trente ans à éclore après un blackout éditorial — les effets dévastateurs de l’urbanisme moderne. Ni urbaniste, ni architecte, ni spécialiste de l’aménagement urbain, cette passionnée de la ville y consigne les arguments d’une violente charge contre ses « dogmes orthodoxes ».

À propos des cités-jardins d’Ebenezer Howard, ayant infusé entre autres le modèle de la « Beautiful-cité-jardin-radieuse » d’un Le Corbusier littéralement mis à terre, on peut notamment lire : « Son but était de créer des petites villes autonomes, assurément des endroits agréables pour des gens dociles n’ayant pas de projets personnels et à qui il était égal de passer leur vie en compagnie d’autres gens n’ayant pas non plus de projets personnels. Comme c’est de règle dans les utopies, le droit d’avoir un projet de quelque importance revenait aux seuls urbanistes officiels. »

Ardente défenseuse de la ville, la Grande Ville, elle fait l’éloge de sa diversité intrinsèque, qui pourra assurer rien d’autre que la « survie de la civilisation » : « les quartiers ratés sont ceux où l’on ne trouve pas cette sorte d’interaction et d’enchevêtrement d’activités les plus diverses ». Farouche à l’encontre des aménageurs bureaucrates se cantonnant à leurs dessins, elle remarque d’ailleurs que « les secteurs urbains qui résistent au dépérissement sont précisément ceux que l’urbanisme officiel a condamnés »

Même si, comme le dit sa traductrice et préfacière à propos de mixité fonctionnelle ou d’espaces publics accueillants, « la conception de la ville développée par Jane Jacobs est à l’origine de principes d’organisation urbaine qui font aujourd’hui figure de lieux communs », il fait bon relire aujourd’hui cet ouvrage republié en 2012 chez Parenthèses. Salvateurs coups de griffes à la normalisation, au règne des experts, réglages de comptes à ce qu’on n’appelait pas encore gentrification, et autres éloges passionnés de la rue figurent dans ce pamphlet épicé d’une vieille dame disant, au crépuscule du siècle moderne : « En matière d’urbanisme, le résultat réside dans les moyens plus que dans la fin, parce qu’il n’y a pas de fin… Quoi qu’il arrive, tout continue à changer. » (Urbanisme n°308, sept-oct 1999)

 

Image : Jane Jacobs, présidente de l’association de défense de West Village, pendant la conférence de presse du 5 décembre 1961, restaurant Lions Head, New York. Photographie Phil Stanziola.