« Faire – Anthropologie, Archéologie, Art et Architecture », Tim INGOLD, éditions Dehors, février 2017.

 

C’est sous l’étiquette de l’anthropologie que Tim Ingold fait habituellement rayonner les étalages des librairies d’aujourd’hui, dans des éditions soignées. Et pourtant, son livre intéresserait bien d’autres disciplines, notamment celles qui tournent autour de la notion de « projet » : design, architecture, graphisme, paysage et d’autres. L’auteur agit en passeur et brouille les lignes qu’il affectionne tant, et dont il a écrit en 2011 une « brève histoire », au travers d’une question abyssale : « d’où viennent les formes ? ». Tailler un biface, construire une cathédrale, régler les ressorts d’une montre suisse ou encore dessiner une ligne : Tim Ingold met en exergue l’observation participante et l’art de l’enquête, il franchit l’histoire et les disciplines avec plaisir pour nous montrer l’importance capitale d’apprendre avec le monde et pas seulement d’apprendre sur le monde, .

Fort d’une culture personnelle nourrie par des contes autochtones du monde entier, par des récits mythologiques d’ethnies perdues ou en voie de l’être, l’anthropologue nous montre avec conviction les correspondances qui se tissent autour des actes de la « fabrication ». « Faire » n’est pas imposer le dessin du projet pensé dans les jeux de l’esprit sur la matière neutre, mais convoquent des artisans nécessairement engagés, en prise avec le réel et ses matérialités.

Malgré des allusions à de vastes débats épistémologiques, parfois rébarbatifs, on sent dès la première partie un auteur optimiste et ouvert. Il s’applique ainsi à tester dans la petite ville écossaise d’Aberdeen une pédagogie participante où les étudiants tressent des cordes, marchent dans les collines, fabriquent des cerfs-volants. On perçoit dans ses mots un enseignant chaleureux qui insiste avec une pointe de naïveté sur le cœur de son métier : imaginer le monde de demain avec une « ambition spéculative » résolue, libre et engagée.