Benjamin Roux, Culture des précédents et pratiques collectives, L’expérience de dix collectifs du territoire breton, Cultivateur des précédents, 2013

 

Lors d’une discussion récente, on m’a parlé de la « culture des précédents », terme inconnu jusque là. Quelques jours plus tard, au détour des internets, je tombe sur le site de Benjamin Roux et de sa recherche-action autour de la culture des précédents.
Sur son site aux milles ressources, dans une brochure, il nous fait l’état d’un travail d’étude et de rencontre de dix collectifs bretons et tente de s’intéresser à leurs pratiques collectives.

Cette brochure trouve son utilité d’abord par ses réflexions sur des mots comme collectif, groupe, pratique collective, la question du « je » dans un « nous » au sein des collectifs, la place des savoirs-faire et savoirs-être, le pas de côté… Le terme d’autogestion a droit à un petit historique un peu plus développé.

L’apport le plus important de Benjamin Roux, c’est peut-être de nous faire (re)découvrir la notion de culture des précédents développé par David Vercauteren auteur de Micropolitiques des groupes. Ce terme désigne notre capacité d' »amnésie collective » qui frappe les groupes organisés formels ou non et plus précisément les collectifs que nous composons.
Nous nous épuisons souvent à réinventer des choses qui existent ou qui ont existé mais faute de traces laissées par les collectifs ou des personnes extérieures, il y a peu ou pas de transmissions.

Dans les expériences des années 70, beaucoup d’écrits sont le fait de personnes extérieures souvent coupées des réalités qu’elles tentent d’étudier. Aujourd’hui on peut saluer le travail des éditions REPAS qui publient plusieurs ouvrages notamment sur les expériences de coopératives ou encore du réseau Capacitation-citoyenne.

Autre notion qui peut nous faire écho, c’est celle de charpente, idée reprise à Jo Freeman, féministe américaine des années 60-70. La charpente, ce sont tous les repères communs posés par les individus faisant partie d’un collectif : les positions de chacun, les normes, les règles, les fonctionnements, la circulation de l’information… Cette charpente peut être « officielle » ou « officieuse ».

À travers son étude des pratiques collectives de dix collectifs bretons, il présente aussi leur diversité de structure juridique, leur désir collectif, de vivre et travailler autrement, leur revendications ou positions politiques mais aussi leur mode d’organisation général : responsabilités et prises de décisions, les outils de communication interne et le mouvement interne…

Le site de Benjamin Roux regorge d’autres brochures mais aussi d’une bibliothèque précieuse pour nous faire découvrir de nombreux ouvrages autour de sujets qui nous questionnent très souvent.

 

Image : Sisyphe par Titien (détail) (1488-1576), fond de collection du Musé du Prado, Madrid
« Tel Sisyphe faisant rouler son rocher en haut de la colline pour le voir redescendre et recommencer sans cesse«