Guy Di Meo, Les Murs invisibles. Femmes, genre et géographie sociale, Armand Colin, 2011.

En partant du principe d’Henri Lefebvre que « l’espace urbain est la projection au sol des rapports sociaux », on peut en déduire que les inégalités sociales liées au genre peuvent être perçues dans la ville, tant au niveau de l’aménagement, que des usages, ou encore que des pratiques spatiales des individus, qui sont également influencées par leurs appartenances de genre.

Dans son ouvrage Les Murs invisibles, Guy Di Meo interroge les relations qu’entretiennent les femmes avec l’espace dans un contexte urbain. Il se focalise sur la ville de Bordeaux, et fonde son analyse sur une série d’entretiens réalisés par Catherine Hoorelbecke avec 57 habitantes de la métropole, constituant un échantillon à la manière d’un modèle réduit à la fois social, démographique et géographique. Guy Di Meo envisage le rapport entre sexe féminin et urbanité, à la fois en termes pratiques (espaces de vie) et de représentation (espaces vécus).

Bien que ces recherches soient critiquables, car elles ne s’attachent qu’aux perceptions positives ou négatives de différents espaces bordelais d’après un point de vue exclusivement féminin, elles dégagent néanmoins deux caractéristiques importantes.

La première est que le rapport entre l’espace et l’individu qui le parcourt change en fonction de son genre, mais aussi de son âge, de sa condition socio-économique, de sa situation personnelle et de sa possession de différents capitaux, tels que culturel, social et spatial. De ce fait, les personnes âgées, les jeunes femmes et les plus jeunes n’ont pas la même appréhension de la ville qu’une personne appartenant à un autre âge, ou à un autre milieu social. Mais toutes les femmes de toutes les classes sociales ressentent la même chose à une heure précise de la journée : dès que la nuit tombe, la peur de la ville est largement partagée par toutes les femmes, soit pour elles directement, soit pour leurs proches.

La deuxième caractéristique, ressortant des entretiens, est que, malgré le fait que les citadines interrogées fussent toutes en mesure physique de fréquenter tous les espaces de la ville, sans restriction majeure d’accessibilité matérielle et que tous les lieux leurs soient théoriquement accessibles, « en raison du sexisme qui sévit toujours dans nos sociétés, la condition des femmes, y compris à Bordeaux, reste marquée par des interdits spatiaux, tout au moins par des appréhensions spatiales plus ou moins éprouvées, admises ou même identifiées par les intéressées ». La raison majeure de ces inquiétudes est un sentiment permanent d’insécurité, une peur de l’agression, qu’éprouve la majorité des femmes lorsqu’elles s’aventurent dans l’espace public.

A l’heure où les femmes jouissent d’une plus grande autonomie dans toutes les domaines de la vie, y compris public, il convient de s’interroger sur la constance de telles peurs.

 

Pour aller plus loin :
a’URBA et CNRS-ADES, L’usage de la ville par le genre, rapport d’étude, Bordeaux, France, 30 juin 2011
BERNARD-HOHM Marie-Christine, L’espace public a-t-il un sexe ?, DEBAOBAB #7, BAOBAB Dealer d’Espaces, 18 décembre 2014

 

Image : Mathieu Thomas, Le soir dans le métro 8 personnes sur 10 sont des hommes, Crocodiles, Le Lombard, 2013