Cabanes et ronds-points, un patrimoine populaire en feu, par Luc Gwiazdzinski, géographe et Olivier Frérot, ingénieur et essayiste, Libération, 23 Avril 2019.

On n’est pas ici dans un jardin partagé grillagé par la mairie, ni dans un « espace de convivialité transitoire » métropolitain, ni même chez ces « concierges de quartiers » sympathiques mais tarifés. Les « aménagements transitoires conviviaux » qui ont essaimés sur les rond-points à l’hiver 2018-2019 n’ont été commandés par aucun pouvoir public – et c’est peut-être l’autonomie même de ces cabanes dérangeantes qui pousse aujourd’hui à leurs destructions.

Luc Gwiazdzinski, géographe et maître de conférence à l’Université Grenoble-Alpes et Olivier Frérot, ingénieur polytechnicien, cherchent à réhabiliter le rôle fondateur de ces constructions précaires mais chaleureuses, allant jusqu’à les comparer aux « Lieux Infinis » mis en avant dans le Pavillon Français de la 16ème Biennale d’Architecture de Venise. Ces « dispositifs d’espérance et d’émancipation » sont pourtant méthodiquement démantelés en ce moment même, dans l’ombre de l’incendie de Notre-Dame de Paris.

On pourrait presque transformer cet article en un appel à mobilisation pour la reconstruction adressé à tou.te.s les architectes-constructeurs, les passionné.e.s de cabanes et de chantier, les étudiant.e.s en architecture comme en charpente. Bref, à tous ces potentiels « gangs anarchitectes« , comme les appelle l’écrivain Alain Damasio.