Afficher l'image d'originePornotopie : Playboy et l’invention de la sexualité multimédia, Beatriz Preciado, Climats,‎ , 241 pages.

Tout le monde connaît Playboy pour son logo en forme de lapin et ses playmates déguisées en bugs bunny, mais on oublie que le magazine érotique était aussi une revue d’architecture moderne et de design au service de l’émancipation masculine. C’est ce que nous rappelle Beatriz Preciado dans Pornotopie, où elle se lance dans l’analyse biopolitique de l’empire Playboy et ses « dérivés spatio-médiatiques ».

La philosophe Espagnole et docteur en théorie de l’architecture replace son analyse dans un contexte de guerre froide baignée d’un Maccarthysme répressif mais aussi prescripteur d’un mode de vie familial hétérosexuel et banlieusard. C’est dans cette atmosphère que Hugh Hefner tente d’imposer un nouveau schéma d’homme hétérosexuel. Avec Playboy il amorce un glissement de la représentation masculine : le chasseur devient homme d’intérieur, le mari fidèle devient séducteur polygame, le soldat devient agent double, le père de famille banlieusard devient célibataire urbain, etc.

Le principal outil du Playboy pour opérer ce glissement : l’architecture. Preciado décrit par le menu les différents édifices modernes que fait construire Hefner comme par exemple son penthouse de Chicago ou son manoir de Los Angeles. Ces bâtiments regorgent de dispositifs architecturaux et de gadgets technologiques au service de l’utopie pornographique de l’homme d’intérieur : panoptique érotique, lit rotatif, baignoire transparente, mobilier design … Fasciné par l’architecture moderne, le patron de Playboy préfère la machine à séduire à la machine à habiter.

Au delà de l’analyse de l’utopie Playboy, cet essai présente l’intérêt majeur de montrer la construction artificielle et récente d’une masculinité aujourd’hui largement répandue. Une manière habile de questionner le rapport au corps contemporain tout en se débarrassant de l’idée dominante d’un corps, d’une féminité/masculinité ou encore d’une sexualité « naturelle ».