Ce soir [13 juin 2019] aura lieu une présentation de l’ouvrage Terra Forma, Manuel de cartographie potentielle, d’Alexandra Arènes, Axelle Grégoire et Frédérique Aït-Touati, publié aux Éditions B42. C’est à la superLibrairie Volume près de République à Paris.

Quelque part à mi-chemin entre une modélisation scientifique de subjectivité cartographiée, un épilogue prospectif d’une bande-dessinée de Yona Friedman, et une fabrique d’objets situés à la Donna Haraway, cet ouvrage est le témoin sérieux d’une entreprise mi-folle mi-fabuleuse de décoloniser le récit du monde, en partant d’un outil premier et essentiel : la cartographie.

À l’heure où les architectes, les urbanistes et paysagistes ne peuvent plus travailler sans Google Maps et partant d’une somme de constats actuels, entre la conscience des limites terrestres et le rapport colonisateur à la terre qu’induisent nos cartes habituelles, les autrices proposent ici un renouvellement des outils de visualisation et de construction du monde. Il s’agit ici de penser autrement notre rapport démiurgique à l’espace.

Fruit d’une expérience collaborative, cet ouvrage explicite un ensemble de modélisations de la Terre en action et en mouvement, produisant comme les “portulans” ces cartes maritimes du XIIIe siècle dans lesquelles le parcours crée la carte. C’est une cartographie vivante qui retourne totalement nos coordonnées habituelles.

Comment habiter ce monde fait d’autres vies que les nôtres ? Comment cartographier tous ces vivants ? Peut-on fabriquer des cartes en dehors du dogme de la vision, à travers d’autres manières de faire ? Comment cartographier à travers un point de vie ? Si on retournait le globe terrestre comme un gant, que deviendrait l’atmosphère ?

Schémas nombreux, positionnements théoriques et critiques, explicitations à base d’exemples : l’ouvrage regorge de questions et de réponses, bouleverse les référentiels et en observe les effets. La terra incognita n’est finalement pas cet ailleurs lointain derrière l’horizon, mais la pensée incarnée de ces sols sous nos pieds.

« L’architecte-bâtisseur pensait en termes de visibilité, de symboles, de repères, de marqueurs ; il voulait marquer l’espace, faire monument, organiser l’espace pour organiser les hommes. L’architecte-chorégraphe s’intéresse aux circulations des vivants ; il voit les ruines comme d’extraordinaires réservoirs d’usages à inventer, ne conçoit pas l’espace en dehors des formes de vie qui le constituent, le perçoivent et le fabriquent. »